Plus de 100 des plus grandes entreprises françaises ignorent leurs objectifs d'égalité

Selon Muriel Pénicaud, ministre du Travail, plus de 100 des plus grandes entreprises françaises n'ont pas atteint les objectifs officiels d'égalité entre hommes et femmes sur le lieu de travail et risquent une amende si elles n'améliorent pas leurs performances.

«Cela montre que la prise de conscience et la transparence ne sont pas si faciles. C’est un choc culturel », at-elle confié au FT dans une interview après que les entreprises aient publié les premiers résultats d’une campagne pour l’égalité en vertu d’une loi introduite par le gouvernement du président Emmanuel Macron l’année dernière.

Mme Pénicaud, ancienne directrice des ressources humaines du groupe alimentaire Danone, s'est toutefois montrée optimiste quant au processus, affirmant qu'il avait généré une concurrence «positive» entre des employeurs soucieux d'améliorer leur réputation et d'attirer les meilleurs collaborateurs.

«Ceux qui ont le mieux réussi ont immédiatement compris que c’était un avantage concurrentiel», a-t-elle déclaré lors d’une visite à des groupes d’investissement et des institutions financières à New York et à Washington. «Je suis persuadée que nous allons réaliser des progrès rapides et visibles.»

Les entreprises de plus de 1 000 salariés en France, y compris les filiales de groupes étrangers, étaient censées annoncer leur performance en matière d'égalité selon un nouvel indice au plus tard le 1er mars. La moitié des 1 460 entreprises concernées ne l'ont pas encore fait.

Un cinquième de ceux qui ont signalé leur présence se situaient dans la zone d'alerte rouge avec des scores inférieurs à 75 sur 100 et pouvaient se voir imposer une amende pouvant aller jusqu'à 1% de leur masse salariale s'ils ne s'amélioraient pas d'ici trois ans.

Le score moyen des entreprises ayant publié un rapport est de 80, mais le tyremaker Michelin, avec 94, fait partie de celles qui se sont publiquement vantées de leurs performances. Valeo, le fabricant de pièces automobiles, a obtenu un score de 83 et a déclaré qu'il étendrait le système d'indexation à ses plus grandes opérations à l'étranger ainsi qu'à celles en France. Thales Services a obtenu un score de 70, mais d’autres parties du groupe aérospatial de Thales étaient dans les années 80 et 90.

Mercredi 23 janvier 2019

L'indice – qui s'appliquera aux entreprises de 250 à 1 000 employés d'ici à septembre et à celles de 50 à 250 d'ici mars prochain – repose sur cinq mesures: l'écart de rémunération entre les hommes et les femmes; l'écart salarial; l'écart de promotion; le pourcentage de femmes revenant d'un congé de maternité qui perçoivent une augmentation de salaire comparable à celle accordée en leur absence; et payer l'égalité entre les 10 employés les mieux récompensés.

Mme Pénicaud a déclaré que les secteurs dans lesquels les entreprises avaient enregistré les pires performances relevaient de la mesure du «plafond de verre» – la moitié des employeurs rapportant que moins de deux femmes figuraient parmi les dix premières catégories de salaires – et des augmentations de salaire pour les femmes retournant au travail après un congé de maternité.

M. Macron a fait de l'égalité entre les hommes et les femmes l'un des thèmes du groupe des sept démocraties les plus riches du monde lors de sa présidence de l'organisation cette année, mais l'amélioration de l'égalité des chances sur le lieu de travail en France n'est qu'un des objectifs des vastes réformes du marché du travail introduites depuis qu'il a remporté l'élection présidentielle de 2017.

Le bilan de la France en matière d’égalité est similaire à celui de la plupart des autres économies industrialisées, bien qu’il existe depuis 47 ans une loi qui impose un salaire égal pour un travail égal. «C’est l’égalité formelle, mais l’égalité réelle n’est pas là», a déclaré Mme Pénicaud.

Alors que l'écart de rémunération entre hommes et femmes français pour un travail égal est de 9%, l'écart de 25% entre hommes et femmes sur le marché du travail est de 25%, car les femmes ont tendance à occuper des emplois de qualité inférieure. Pour les pensions versées aux retraités, l’écart atteint 37%.