«Ne laissez pas tomber la balle»: les investisseurs américains en technologie mettent en garde Macron au sujet des taxes

PARIS (Reuters) – Le président Emmanuel Macron doit mener une politique fiscale favorable aux investisseurs étrangers s'il veut que les startups françaises prospèrent, ont déclaré jeudi à Reuters des investisseurs en visite à Silicon Valley.

PHOTO DE DOSSIER: Le président français Emmanuel Macron s’adressant aux participants du sommet technologique de la start-up Viva Tech à Paris, en France, le 24 mai 2018. Michel Euler / Pool via Reuters / File Photo

La visite et les exigences associées arrivent à un moment difficile pour le dirigeant français, qui doit faire face à la féroce opposition du mouvement "Yellow Vest" au sujet des réformes économiques, perçues comme favorisant les plus fortunés.

Ce tour discret d’une journée sur la scène des startups en France est le résultat de deux mois de travail intense de la part de l’agence de promotion des exportations du pays, Business France, à l’invitation de Macron, qui a organisé jeudi soir un dîner à l’Elysée.

Joe Schoendorf du groupe de capital-risque Accel Partners a déclaré que la France avait la possibilité de devenir le principal acteur de la technologie en Europe.

"La France deviendra le centre d'innovation de la nouvelle Union européenne, et ils le feront, et ils pourront le faire sauter", a-t-il déclaré à Reuters lors d'une visite à la station de technologie F.

"Pour l'instant, le jeu est totalement français … Personne ne vous en empêche mais ne lâchez pas la balle", a-t-il ajouté. Les investissements d’Accel en France comprennent l’entreprise de covoiturage, BlaBlaCar.

La scène technologique française a connu un boom ces dernières années, aidée par les efforts de Macron pour développer une "jeune nation", alors qu'une nouvelle génération d'entrepreneurs férus de technologie puise dans le vaste bassin d'ingénieurs que produisent les meilleures universités françaises.

TAXE DE LA RICHESSE

La France est tirée dans deux directions différentes sur le plan fiscal – en essayant de concilier les affaires courroucées avec la colère des citoyens ordinaires face au coût de la vie.

Une source proche du bureau du président a déclaré que la France avait envisagé de reporter la session à la lumière des manifestations mais avait décidé de poursuivre.

La visite a coïncidé avec une menace de la part de la France de taxer les géants du numérique au niveau national à partir de l'année prochaine si les États de l'Union européenne ne parviennent pas à un accord sur une taxe sur les revenus numériques.

L’une des principales mesures mises en place par le gouvernement français pour stimuler les affaires et les investissements après l’élection de Macron l’année dernière a été d’instaurer un impôt unique de 30% sur tous les revenus du capital et de supprimer la tranche supérieure des charges sociales.

Macron a été contraint cette semaine de réintégrer ses ministres après que son porte-parole du gouvernement et un ministre adjoint aient déclaré qu'il était envisagé de rétablir un impôt sur la fortune supprimé.

Malgré la pression des manifestations dans la rue, l’équipe de Macron est parfaitement consciente qu’une telle taxe dissuaderait les investisseurs étrangers.

"Si vous voulez les nouveaux emplois, avec les salaires élevés, vous devez rivaliser avec le reste du monde pour les obtenir et l'impôt sur la fortune est un moyen de vous assurer de ne pas les obtenir", a déclaré Schoendorf.

Tony Fadell, un ancien membre de l’équipe de développement de l’iPhone qui s’est installé à Paris il ya plus de trois ans, a déclaré que le secteur de la technologie devait être développé en dépit des problèmes actuels de Macron.

"Je comprends que les gens souffrent et que ces problèmes doivent être résolus mais vous ne pouvez pas jeter l'avenir", a-t-il déclaré.

Reportage supplémentaire de Michel Rose; Édité par Keith Weir

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