Les anciens chefs d'Orange doivent être jugés pour une série de suicides de travailleurs

Les anciens dirigeants du groupe de télécoms français Orange devraient être jugés lundi pour une série de suicides à la fin des années 2000, un épisode traumatisant qui a choqué le pays et soulevé des questions sur la culture d'entreprise. L'ex-PDG Didier Lombard, ainsi que six autres anciens dirigeants et la société elle-même, sont accusés de harcèlement moral dans le premier cas de ce genre en France, créant ainsi un précédent potentiel pour les grandes entreprises.

Le procès, devant le tribunal pénal de Paris, devrait durer deux mois. Un plan dans lequel l’opérateur de télécommunications, ancien monopole de l’État, avait pour objectif de réduire de 22 000 ses effectifs et de redéployer 10 000 travailleurs entre 2006 et 2010, a-t-il dit. Ce plan a déclenché la vague de suicides. Entre avril 2008 et juin 2010, les procureurs ont répertorié 18 suicides et 13 tentatives de suicide parmi les employés d’Orange, encore appelés France Télécom à l’époque, alors que la société était en pleine restructuration après sa privatisation.

Lombard, qui a nié tout acte répréhensible, a quitté ses fonctions de PDG d'Orange au début de l'année 2010 après avoir été critiqué pour sa gestion de la crise. L’ancien PDG et les autres anciens dirigeants risquent deux ans de prison et 30 000 euros d’amende s’ils sont déclarés coupables. Un porte-parole d’Orange a refusé de commenter l’ouverture du procès et les accusations, mais a ajouté que le PDG actuel, Stéphane Richard, avait beaucoup travaillé pour améliorer la culture de l’entreprise.

MÉTHODES QUESTIONNÉES

L’approche adoptée par les anciens dirigeants d’Orange pour accélérer les plans de réduction des coûts avait provoqué un tollé en France. "Je les emmènerai (les employés) d'une manière ou d'une autre, par la fenêtre ou par la porte", a déclaré M. Lombard à une assemblée des hauts dirigeants de France Télécom, le 20 octobre 2006, selon des notes de la réunion à venir. lumière. Selon les registres du syndicat, la vague de suicide a coûté la vie à plus de 30 travailleurs en deux ans, dont un homme qui s'est poignardé au ventre lors d'une réunion du personnel et une femme qui s'est jetée par la fenêtre.

Selon un rapport publié en 2010 par des inspecteurs du travail, la direction avait eu recours à des méthodes de restructuration "pathogènes", consistant par exemple à forcer les personnes à occuper de nouveaux emplois et à leur donner des objectifs de performance inatteignables. Les procureurs ont suivi ces conclusions dans le cadre de leur propre enquête. Ils ont souligné que les dirigeants d’Orange souhaitaient déstabiliser leurs employés en désorganisant délibérément leur travail et en les forçant à se déplacer d’un lieu à l’autre. Ils ont également dénoncé l'utilisation de méthodes de contrôle excessives et intrusives, notamment de menaces. La réorganisation s'est déroulée dans le contexte de la déréglementation du secteur des télécommunications et de la privatisation progressive de l'opérateur historique français. (1 $ = 0,8937 euros)

(Avec les contributions des agences.)

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