Le mouvement Gilets Jaunes risque de devenir l'Intifada de la France

Des manifestants portant des gilets jaunes (Gilets jaunes) manifestent alors qu'un véhicule brûle à Paris (France) le samedi 8 décembre 2018. La police française a arrêté 317 personnes à travers Paris tôt samedi, avant les manifestations prévues par le mouvement des "Gilets jaunes" en France. dans la capitale, cherchant à empêcher les violents affrontements entre émeutiers et forces de police, vus il y a une semaine sur et autour des Champs-Élysées. Photographe: Anita Pouchard Serra / Bloomberg

© 2018 Bloomberg Finance LP

Tandis que l'Europe et la France ont une longue histoire de manifestations populaires, le mouvement gilet jaunes est différent, il est non seulement un phénomène de week-end persistant en France depuis quatre semaines, mais il s'est également étendu à d'autres pays d'Europe. Le mouvement est devenu la pire manifestation de masse de la France depuis plus de 50 ans, faisant au moins deux morts, plus de 500 blessés, des milliers d’arrestations et des milliards de dommages économiques et, surtout, une paralysie économique à Paris, Marseille et d’autres grandes villes. Alors que le mouvement a maintenu ses chiffres au cours du dernier mois, le manque de leadership clair et de réduction des dépenses, même lorsque le gouvernement du président Emmanuel Macron a consenti des concessions, montre qu’il ya quelque chose de plus dangereux que les conflits sociaux en France. En effet, sans contrôle, le mouvement gilet jaunes risque de se métastaser en une intifada européenne ou en un soulèvement sur des questions dépassant les taxes sur les carburants.

Le premier casus belli à l’origine du mouvement gilets jaunes – ainsi baptisé du nom des gilets jaunes haute visibilité omniprésents que les conducteurs français doivent porter dans leurs voitures – était la hausse de taxe proposée par Macron sur le carburant diesel. Le diesel est la source de carburant la plus largement utilisée en Europe et, si les parisiens disposent de nombreuses options de transport urbain, en particulier dans la ville la plus visitée et praticable en Europe, la campagne ne jouit pas de ce luxe. L’enjeu, au-delà des hausses myopiques d’impôts qui ont frappé la nation française, est l’extension naturelle à d’autres domaines de la vie économique française et, par extension, européenne, qui semble de plus en plus fragmentée et sombre. Depuis le début du mouvement, le 17 novembre 2018, plus de 720 000 personnes sont descendues dans la rue pour faire entendre leur voix, nombre d'entre elles répétant qu'elles étaient des «délinquants» depuis le début des manifestations. Même maintenant, alors que le mouvement traverse son premier mois avec 77% de taux d’approbation nationaux toujours élevés, les Français manifestent leur frustration dans des sondages divergents, où le taux d’approbation du président Macron est de 23%. Le Président de la République française passera sur les ondes dans ce qui sera sûrement une expression de contrition et un appel au calme.

Pour un homme largement considéré comme le dernier bastion des dirigeants anti-populistes de l’Occident, Macron semble affaibli chez lui, tout comme sa tutelle à l’étranger sur les menaces bien réelles du changement climatique, du nationalisme économique et d’autres problèmes mondiaux pour a été une voix bienvenue. Traduire cette attitude internationale en politiques nationales s'avère toutefois beaucoup plus dangereux pour le palais de l'Élysée et pour la République française. C'est ici que commence la comparaison avec l'Intifada. Le mouvement gilets jaunes a pris une vie propre. Les manifestations traditionnelles du travail ou économiques en France avaient tendance à calmer la révolte lorsque des concessions étaient faites. Le gouvernement Macron a été rapide avec sa volte-face. Annonçant d’abord un moratoire de six mois sur les augmentations de taxes sur les carburants et l’énergie, puis de les suspendre complètement et d’ajouter à la concession supplémentaire de coûts d’énergie de gel en 2019. Ironiquement, Macron a suscité un nid de gilets jaunes, si vous voulez, en annonçant la le diesel augmente tout à fait. C’est peut-être le moment du Macron Macron, car il fait écho à la mauvaise interprétation des sentiments populaires par le Premier ministre David Cameron au Royaume-Uni lorsqu’il a convoqué un référendum sur le Brexit.

Si les motivations sont indéniablement importantes dans la mesure où le monde doit démêler de toute urgence la double menace financière du changement climatique, la recherche de loyers pour les énergies renouvelables auprès de la classe ouvrière soumise à des tensions en France risquait de produire un contrecoup. Il sera difficile de remettre ce génie dans la bouteille, car le mouvement ne semble pas avoir de structure dirigeante, il se répand dans d'autres pays, comme la Belgique, et enveloppe rapidement d'autres causes. En réalité, le mouvement gilets jaunes, comme une intifada, est en train de devenir décentralisé, en colère et difficile à réprimer. Tandis qu’il engloutit de plus en plus de causes et de griefs familiers, le gouvernement assiégé de Macron et son appareil de sécurité extrêmement restreint devront parler doucement tout en portant un gros bâton. Il sera encore plus difficile pour le gouvernement de s’attaquer aux manifestants, d’autant plus que la profanation de l’Arc de Triomphe était en grande partie imputable aux forces de sécurité qui les ont pris au piège autour du monument national tout en tirant des gaz lacrymogènes et des canons à eau. La France n'aborde pas les abus de la police ou des forces de sécurité et n'est pas étrangère à la révolte de masse à la suite d'utilisations extra-judiciaires de la force.

Vous souvenez-vous des émeutes de 2005 à la suite du décès de deux adolescents qui se sont cachés dans un poste électrique à Clichy-sous-Bois après avoir été poursuivis par la police? Ces émeutes ont provoqué l'incendie de plus de 8 000 voitures, principalement dans les banlieues parisiennes, et ont mis plusieurs semaines à les apaiser. Toute violation de l’usage de la force contre les gilets jaunes sera beaucoup plus difficile à réprimer. La police anti-émeute française suit une ligne particulièrement étroite, d’autant plus que des groupes anarchistes plus radicaux envahissent les manifestants de gilet jaunes qui saisissent l’opportunité de semer le chaos au maximum. En réagissant à ces tensions, d'autant plus que les manifestants portent tous le gilet jaune omniprésent, il sera impossible pour les services de sécurité de faire la distinction entre amis, même s'ils ont des griefs légitimes, ou un ennemi. La flambée des arrestations, qui a bondi de près de 100% ce week-end avec 1 220 personnes arrêtées alors que les manifestations se prolongent, en témoigne certainement et ne servira qu'à exacerber la situation.

La France est confrontée à un dilemme économique, politique et social unique. Dans le même temps, comme dans le passé, les gilets jaunes constituent un véritable frein à l’économie. Cet étranglement est déjà en train de tourner en bleu l’économie parisienne et en particulier les secteurs de la vente au détail, de la restauration et du tourisme, car elle prive la ville d’oxygène de plein fouet en raison de l’abondance du chaos aux mains des manifestants et de l’abondance de prudence du gouvernement. Dans un mouvement très inhabituel, les principaux monuments et musées parisiens ont été fermés ce week-end, dont la Tour Eiffel, déjà barricadée par la menace du terrorisme, le Louvre et le musée d'Orsay, entre autres. Bien que cynique, cette capitulation et ces concessions rapides encourageront probablement les gilet jaunes, en particulier les éléments les plus extrêmes et violents, à exiger davantage du gouvernement assiégé de Macron.

A été une protestation française banale détournée par des anarchistes anti-établissement ou un groupe plus large de la société française et européenne fatigué du joug de pseudo-solidarité, qui leur a été imposé par l'expérience de l'UE vieille de 25 ans. Si c’est le dernier cas, le mouvement des gilet jaunes constitue une menace plus grave pour la France que l’économie qui manque un créneau de la vente au détail pendant la saison des achats des fêtes. En effet, la ville lumière est désormais le dernier champ de bataille de la lutte mondiale entre populisme, pluralisme et urbanisme. La manière dont le président Macron luttera contre cet acte d'équilibre constituera le test de sa présidence, qui s'annonce comme un mandat turbulent de cinq ans, surtout s'il ne peut pas renverser sa fortune chez lui et réprimer la colère des gilet jaunes.

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