Le Français Macron veut galvaniser l’UE sur la Chine alors que Xi se rend sur place

Le voyage de Xi débutera dans la ville méditerranéenne de Nice et fera escale dans la principauté voisine de Monaco avant des entretiens en face à face avec Macron.

Lundi, les deux dirigeants se rendent à Paris pour la visite d'Etat officielle, marquant le 55ème anniversaire de la rupture des rangs entre Charles de Gaulle et l'Occident pour établir des relations diplomatiques avec la nation communiste.

Une série d'accords de coopération dans les domaines de l'énergie nucléaire, de l'aérospatiale et de l'énergie propre, impliquant parfois des contrats lucratifs, devrait être signée.

Cependant, la visite de Xi pose un défi particulier à Macron, qui souhaite approfondir les liens de l’UE avec la Chine tout en freinant le poids croissant de Pékin.

La méfiance de l'Europe à l'égard de Huawei, qui est sur le point de devenir le principal acteur des réseaux de télécommunication de nouvelle génération dans le monde, est emblématique de cette relation de plus en plus fragile.

"Nous avons beaucoup à faire ensemble en matière d'action pour le climat, en termes de multilatéralisme, mais nous devons également défendre nos propres intérêts", a déclaré Macron à Bruxelles jeudi.

Il a salué le "réveil" de l'UE aux défis posés par la Chine, que le bloc qualifie désormais de "rivale" bien qu'elle soit devenue le plus grand partenaire commercial de l'Europe.

"La réalité est que le monde a considérablement changé. La Chine n'est plus ce qu'elle était et nous avons affaire à un partenaire très important", a déclaré un collaborateur de Macron avant la visite de Xi.

Macron et Xi seront rejoints mardi par la chancelière allemande Angela Merkel et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker pour explorer les "points de convergence" dans la perspective du sommet UE-Chine qui se tiendra à Bruxelles le mois prochain.

Xi arrive en France en provenance d'Italie, qui a provoqué la colère de ses partenaires de l'UE en rejoignant officiellement la "nouvelle route de la soie", une initiative chinoise pour une série de liaisons maritimes, ferroviaires et routières visant à développer le commerce chinois.

Macron devrait plaider pour un "renforcement de la" réciprocité "en ce qui concerne l'accès au marché chinois, en particulier les exigences de Pékin selon lesquelles les entreprises étrangères devraient remettre un savoir-faire technologique essentiel pour investir dans le pays.

"Si nous allons parler d'une nouvelle route de la soie, alors il faut que ce soit une route dans les deux sens", a déclaré vendredi le ministre des Finances, Jean-Yves Le Drian, à la chaîne de télévision BFM.

Le géant des télécommunications Huawei est un autre problème épineux au centre d'un litige concernant le déploiement d'une infrastructure de réseau mobile 5G cruciale.

Les États-Unis font pression sur les alliés européens pour qu'ils n'utilisent pas la technologie Huawei, affirmant que cela crée un risque pour la sécurité en laissant potentiellement Pékin fouiner sur des communications sensibles.

Pourtant, la France n’a pas encore exclu l’utilisation d’engins Huawei – et Monaco a déjà signé un accord avec le géant chinois pour déployer un réseau 5G dès cette année.

Pékin a hérité des suspicions, accusant Washington d'essayer d'intensifier la bataille commerciale entre le président Donald Trump et la Chine.

"La Chine espère que l'Europe pourra faire preuve de davantage d'autonomie (sur Huawei), ce qui serait préférable pour une coopération future", a déclaré Xu Tiebing, professeur de relations internationales à l'Université de communication de Chine à Beijing.

En dépit des nombreuses sources de friction, l'objectif de la France est de faire de la Chine un partenaire plus proche alors que Washington se désiste vivement des affaires mondiales dans le cadre de la politique "Amérique d'abord" de Trump.

Par exemple, Macron pourrait demander davantage de soutien chinois à la force G5 Sahel soutenue par la France et combattant les extrémistes islamistes en Afrique de l'Ouest.

La Chine a beaucoup investi dans une offensive diplomatique en Afrique, promettant de contribuer à la construction de projets d'infrastructure dans le cadre de la nouvelle Route de la soie, officiellement appelée Initiative «Ceinture et route».

Macron va faire pression sur Xi pour que de tels projets soient équitables et pour explorer la participation de sociétés françaises parmi les allégations selon lesquelles ces accords pourraient imposer aux pays africains un endettement insoutenable.

Il devrait également demander à Xi de s’engager dans la ambitieuse campagne mondiale visant à réduire les émissions de carbone, bien que des analystes notent que la Chine construit toujours des dizaines de centrales au charbon.

La France envisage également de faire part de ses préoccupations concernant les violations des droits de l'homme perpétrées contre la minorité musulmane ouïghoure en Chine, notamment des allégations d'internement massif dans la province agitée du Xinjiang.

"La Chine parle de défendre le multilatéralisme et l'avenir commun de l'humanité à quiconque veut écouter, mais la réalité est très différente", a déclaré Emmanuel Dubois de Prisque, expert en Chine de l'Institut Thomas More à Paris.

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