L'armée algérienne doit prendre des décisions décisives | Francis Ghiles

Au moment où ils chantent «Only Chanel Do Number 5» – en référence au célèbre parfum – les millions d’hommes et de femmes qui envahissent les rues de l’Algérie tous les vendredis offrent une intelligence et un esprit qui ne sont généralement pas associés à leur pays.

Leurs voisins immédiats et de nombreux Européens considèrent les Algériens comme des durs et souvent durs mais n'assimilent pas l'esprit vexé qui s'auto-dénigre à son homologue britannique.

Au-delà du manque de violence, qui est remarquable dans le contexte des récentes révoltes arabes, l’enseignement le plus important est celui des Forces armées nationales du peuple algérien (APN), qui restent la colonne vertébrale du pays.

Depuis 1962, APN prétend être l'héritier de ceux qui ont combattu les Français dans une guerre qui constitue le fondement de l'identité algérienne moderne. Son candidat à la présidence a toujours été ratifié par un vote populaire – et souvent authentique.

Cette revendication est contestée par des manifestants, dont beaucoup sont bien trop jeunes pour avoir connu la guerre de libération (1954-1962), mais qui transcendent toutes les lignes de fracture régionales, de genre et idéologiques en Algérie.

Des tentatives ont été faites pour raviver le conflit plus ancien opposant les Berbères kabyles au reste de l’Algérie, pour agiter le spectre d’une renaissance de l’islam politique radical en incitant de jeunes habitants algériens drogués à se déguiser en combattants afghans de la liberté Années 1980 Tous ont échoué et, dans ce dernier cas, le 16 mars à Alger, les manifestants et la police ont fait rire ces personnes dans la rue.

La tactique diviser pour régner persistera toutefois jusqu'à ce qu'une solution politique intérimaire soit trouvée. Personne ne sait si les jeunes leaders des manifestations resteront unis. Jusqu’à présent, ils ont démenti l’idée qu’il y avait quelque chose de «pathologiquement» violent dans l’histoire de l’Algérie et de ses habitants.

L'armée a concédé du terrain, mais jusqu'où est-elle prête à aller? Il doit repousser l’élection présidentielle, mais au-delà, comment conserver au mieux son statut de garant des frontières et de la stabilité interne de l’Algérie?

Qu'il a réussi, à un coût élevé, pendant la guerre civile des années 1990, mais qu'en est-il de l'avenir?

Il doit d’abord s’assurer que toute conférence sur la réconciliation nationale ou présidence intérimaire n’est pas dirigée par une personne qui n’a pas le pouvoir constitutionnel de le faire. Il pourrait toucher d'anciens hauts fonctionnaires dont les références historiques et nationales sont intactes, tels que l'ancien président Liamine Zeroual, l'ancien Premier ministre réformiste Mouloud Hamrouche ou l'ancien ministre des Affaires étrangères Ahmed Taleb Ibrahimi, issu de l'une des familles nationalistes les plus distinguées du pays. . Ensemble, avec d'autres Algériens très respectés et plus jeunes, ils pourraient aider à préparer un nouveau cadre constitutionnel.

L'APN sait également qu'elle doit encourager les réformes économiques audacieuses et introduire des règles d'engagement avec le secteur privé dignes du 21ème siècle. Il faut mettre un terme aux pratiques de location et de corruption du Président des Forums d’entreprise, Ali Haddad, dont les liens mafieux avec les frères du président algérien Abdelaziz Bouteflika freinent de véritables entrepreneurs tels que ceux qui ont construit RedMed, Cevital et le Groupe Hasnaoui.

Ils doivent nettoyer le secteur pétrolier et gazier ainsi que la société d'État Sonatrach de ceux nommés par l'ancien et tout-puissant ancien ministre de l'Énergie, Chakib Khelil. Les liens de ce dernier avec l’ancien vice-président américain Dick Cheney et sa société Halliburton ont permis de détourner des milliards de dollars de recettes pétrolières et gazières à l’étranger. Le mandat de Khelil a forcé des milliers d’ingénieurs à quitter la Sonatrach, à chercher du travail à l’étranger et à ternir la réputation de la principale source de revenus étrangère de l’Algérie.

Certains officiers pourraient être tentés d’adopter un vaste modèle clientéliste profondément enraciné dans la politique et l’économie du pays, selon le «modèle égyptien». De nombreux pays occidentaux, la Russie et la Chine se sentent à l’aise avec ce type de système, qui pourrait revenu à une classe d’officiers qui ne font pas de bruit, car cela permet aux puissances étrangères de conclure discrètement des accords. Toutefois, un tel système opaque ouvre la porte aux revers.

Une armée plus professionnelle éviterait certains de ces pièges. Dans le cas de l’Algérie, cela priverait certains des principaux partenaires étrangers du pays – la France, la Russie et l’Italie en particulier – de certaines formes d’accès privilégié qui, comme ailleurs, encouragent la corruption.

La vulnérabilité possible des hauts fonctionnaires, non seulement au sein de l'armée, à l'influence française est inévitable compte tenu des liens qui unissent les deux pays depuis 1832. Cependant, une armée plus professionnelle éviterait la montée au pouvoir de personnalités telles que le major général Larbi. Belkheir qui, en tant que conseiller du président Chadli Bendjedid et ministre de l'Intérieur en 1991, a précipité l'Algérie dans des élections qui se sont terminées par une guerre civile. Si jamais il y avait ce que les Algériens appellent un Hizb Fransa (le parti de la France), il en était le symbole.

Si l’APN gérait bien les prochaines semaines et les prochains mois, puis s’éloignait davantage de la politique, il resterait en sécurité dans le respect que de nombreux Algériens tiennent leurs officiers. A l'instar des corps de police, qui ont fait preuve d'un grand professionnalisme dans la gestion de millions de manifestants, l'armée n'a rien à perdre en se concentrant sur ce qu'elle fait de mieux: protéger les plus longues frontières nationales dans une région d'Afrique exposée aux conflits et conforter sa position de leader. l'arbitre ultime du pays.

C’est une position qui réconforterait autant les voisins algériens tunisiens et marocains que ceux des rives nord de la Méditerranée qui ont le sentiment qu’une Algérie plus moderne et respectueuse du droit ne peut être qu’une force de stabilité pour la Méditerranée occidentale.