L'Ancien Régime et la Révolution Jaune – Politique étrangère

Le président français Emmanuel Macron cherche désespérément une réponse cohérente et crédible à une question qui refuse de rester immobile. Lorsque le mouvement des gilets jaunes (gilets jaunes) a débuté en novembre dernier, le gouvernement Macron l’a traitée comme une manifestation unique qui pourrait être ignorée. En décembre, le président a décidé que la poursuite des manifestations hebdomadaires constituait une menace pour ses objectifs politiques. La réponse de Macron a été de prononcer un discours national dans lequel il a annoncé un programme modifié, y compris des concessions économiques telles que l’annulation de l’augmentation de la taxe sur l’essence et l’augmentation du salaire minimum.

Les compromis n’ont pas suffi à mettre fin aux manifestations. Ce week-end, pour le neuvième samedi consécutif, le mouvement de protestation a occupé le devant de la scène, mobilisant plus de 80 000 manifestants à travers le pays. Les principales étapes étaient Paris et Bourges, ce dernier étant choisi pour sa signification symbolique, à peu près comme le centre géographique de la France. Bien que les manifestations aient été pour la plupart pacifiques, des actes de violence presque rituels de la part de certains manifestants ont également éclaté, de même que la réaction tout aussi rituelle de la police et des forces de sécurité.

Il est de plus en plus clair que le mouvement de contestation n’est pas simplement un défi politique, mais une crise fondamentale de légitimité pour Macron et la Ve République française. Les manifestants affirment maintenant que leurs objections ne visent pas les décisions du gouvernement, mais le style de démocratie représenté par l’ordre constitutionnel. Et, inquiétant, la persistance des manifestations témoigne de la persistance du soutien du public. Bien que l’enthousiasme ait diminué, la plupart des Français continuent de soutenir les gilets jaunes. Dans une étude publiée la semaine dernière par l'Institut français d'opinion publique, ceux qui soutiennent ou sympathisent – deux catégories très différentes – sont passés de 71% début novembre à 57% début janvier. L’objectif général de ces derniers partisans a été résumé par les signes récemment portés par les manifestants de gilets jaunes dans les Alpes françaises: «Mettez fin à la dictature».

Macron, à son actif, n’a pas ignoré le défi fondamental posé par les gilets jaunes. Dans son discours de décembre, il a abordé la question en promettant de tenir ce qu'il a appelé un "grand débat national" sur la politique française, qui doit s'ouvrir aujourd'hui. Il est une autre question de savoir si quelqu'un sait encore à quoi s'attendre dans ce débat – et encore moins s'il fonctionnera.

Si tout cela vous fait penser à un événement antérieur de l'histoire française, vous n'êtes pas seul. Deux cent trente ans après son premier déclenchement, la Révolution française plane sur l'actualité en France. La décision de Macron d’inviter ses citoyens à se préparer à une conversation nationale rappelle la décision de Louis XVI d’inviter ses sujets à se préparer à une conversation nationale. Dans le cas du roi, cela a conduit aux cahiers de doléances, ou listes de griefs, que des représentants élus localement ont rédigé et envoyé à Versailles avant la convocation des États généraux en 1789. Étant donné les événements qui ont suivi le monde cette année-là, le grondement sismique des cahiers de doléances est souvent négligé. C'était pourtant un exercice sans précédent, non seulement au XVIIIe siècle en France, mais dans toute l'Europe, dans une expression populaire non censurée et non liée.

Dans le cas présent, cependant, les dirigeants des villes et non pas Macron ont lancé un appel en faveur de la rédaction de tels griefs. Depuis le début du mois de décembre, plus de 5 000 mairies ont mis en place un processus d’établissement de telles listes, mais nombre d’entre elles sont situées dans les régions désormais connues du «pays périphérique» du pays – les mêmes régions dont la plupart des gilets jaunes et leurs partisans sont originaires. . De façon frappante, tout comme leurs ancêtres du 18ème siècle se sont soulevés contre le fardeau fiscal qu'ils ont supporté, leurs descendants expriment la même inquiétude et la même colère face aux impôts. Comme l'a conclu un article, il existe un profond mécontentement généralisé à l'égard de la fiscalité. Avant d'être annulée par Macron, l'augmentation de la taxe sur l'essence était universellement détestée. Les manifestants ont depuis lors réclamé la taxe régressive sur la valeur ajoutée. Un certain nombre de listes de griefs suscitent des préoccupations en matière d'immigration, mais d'autres craignent un isolement géographique et politique croissant sont encore plus nombreuses.

Mais c’est au sujet de l’état de la fusion entre le passé et le présent. Paradoxalement, les griefs évoquent ce qu'ils perçoivent comme la perception d'impôts injustes, tout en insistant sur le fait que l'État impose une plus grande justice économique et sociale. Comme l'historien Simon Schama l'a déjà fait remarquer, la majorité de la France du XVIIIe siècle «voulait plus, pas moins, un gouvernement à la campagne». Cela semble maintenant être le cas de la France rurale et périurbaine au XXIe siècle, en particulier avec son insistance sur l'État faire respecter une certaine idée de l'égalité. À cet égard, la demande la plus importante du mouvement concerne l’instauration d’un référendum organisé par les citoyens. Comme on pouvait s'y attendre, ce mécanisme de démocratie directe proposé, qui permettrait de soumettre toute proposition à un vote national après avoir reçu 700 000 signatures, empêche de rester éveillé la nuit non seulement le gouvernement, mais également les dirigeants de tous les partis traditionnels.

La solution proposée par Macron pour renforcer la légitimité de l’Etat est son débat national, dont il a révélé les contours dans une lettre publiée lundi. Son objectif est essentiellement de laisser s’épanouir mille débats, dans la mesure où ils respectent les règles établies par le gouvernement. Certains sujets sont interdits – par exemple, le droit à l'avortement et le mariage homosexuel – et seront englobés dans les préoccupations fiscales et environnementales, économiques et démocratiques. La lettre prévoit des centaines de débats, allant des assemblées publiques aux conférences régionales, qui vont germer au cours des deux prochains mois. Plusieurs d'entre eux incluront des représentants du gouvernement, dont Macron, qui lancera cette expérience sans précédent mardi soir en rencontrant 600 maires en Normandie.

Inévitablement, le débat a peut-être fait l'objet d'un débat animé. Tout d’abord, une controverse a eu lieu au sujet de Chantal Jouanno, ancienne ministre du gouvernement de Nicolas Sarkozy, qui avait été chargée de la commission chargée de préparer le débat. Lorsque le généreux salaire de Jouanno a été rendu public – près de 14 700 euros par mois -, les sites Web et les pages Facebook de gilets jaunes se sont révoltés, ce qui l’a incité à renoncer à son rôle d’architecte du débat. Bizarrement, Jouanno n’a pas démissionné de son poste de président de la commission et continuera à percevoir le même salaire jusqu’à ce que Macron en décide autrement.

Deuxièmement, la lettre de Macron a déjà déclenché un feu d’artifice politique à Paris. Pour tenter de sauver ce qui reste de ses réformes économiques, la lettre ne fait aucune mention de la demande extrêmement populaire, soutenue par près de 80% des Français, de rétablir l’impôt sur la fortune que Macron avait abandonné en devenant président. Le fait que la question ne soit même pas sur la table risque de faire basculer ou d'ignorer toute la table de l'un des deux côtés de ce débat. Plus insidieusement, Macron a également soulevé la question de l'immigration, suggérant d'étudier l'idée de quotas. De nombreux membres de la gauche et du centre n’ont pas seulement été choqués par la suggestion de Macron, ils ont également été surpris, car Macron a longtemps défendu l’importance de l’immigration.

Cette méta-discussion a donc agi comme une sorte de solvant, clarifiant les lignes de faille idéologiques traversant le gouvernement composite de Macron. Le Premier ministre Édouard Philippe, qui avec le ministre des Finances, Bruno Le Maire, et le directeur du budget, Gérald Darmanin, a quitté le parti républicain conservateur pour rejoindre Macron, soupçonne un tel débat d’ouvrir une véritable boîte à Pandore qu’ils ne pourront jamais fermer. Selon une source gouvernementale, Le Maire et Darmanin craignent qu '"ils n'échappent pas au débat sans sortir leur carnet de chèques".

Pourtant, d'autres personnalités gouvernementales ont pris part au débat. C’est le cas de Marlène Schiappa, qui s’est tournée vers Macron’s En Marche! parti de la gauche politique. Schiappa, qui est secrétaire à l'égalité entre hommes et femmes, a déclaré qu'elle allait «prendre les devants», en particulier pour les mères originaires de «France périphérique». D'autres, comme le ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer, sont moins enthousiaste. Reconnaissant que l’issue du débat national n’avait été une conjecture, il a néanmoins insisté sur les traditions démocratiques des Français.

Mais c’est précisément les limites reçues de la démocratie française que les manifestants souhaitent changer. Pour l'Association des maires ruraux du pays, le principal avantage des griefs de leurs électeurs est leur «attachement au principe d'égalité». Ceci conduit à un second parallèle plus inquiétant entre 1789 et 2019. La demande d'une plus grande égalité ne va pas toujours de pair avec le désir d'une plus grande liberté. C’est pourtant précisément une plus grande liberté, surtout dans le domaine économique, que les élites françaises ont alors recherchée et recherchent maintenant. Les économistes du XVIIIe siècle, connus sous le nom de physiocrates, qui ont inspiré la notion de laissez-faire, ont insisté sur la liberté de l'industrie, des marchands et des exportateurs de se soustraire aux contraintes imposées par l'État, tout comme ils croyaient, selon les termes d'un contemporain, «que De même, pour les néolibéraux tels que Macron, les néolibéraux comme Macron estiment que la France ne peut prospérer qu'en allégeant les contraintes que le gouvernement exerce sur les industriels et les entrepreneurs et en insistant sur les vertus de la méritocratie. L’année dernière, dans l’une de ses nombreuses affirmations controversées, Macron a comparé l’économie française à une cordée, ou une équipe d’alpinistes attachés par une corde, gravissant une montagne: «Si l’on commence à lancer des pierres sur le premier alpiniste, le groupe entier chute."

Comme le révèlent les gilets jaunes, les Français se débattent non seulement avec les éléments, ni même entre eux, mais aussi avec des idéaux opposés. Dans son classique du XIXe siècle, L'Ancien Régime et la Révolution française, Alexis de Tocqueville a souligné que les Français avaient deux passions au pouvoir: le désir de liberté et l'exigence de l'égalité. Comme nous le rappellent la série de révolutions et de réactions de la France, ces passions sont plus conflictuelles qu’elles se complètent. Le «grand débat» aidera à déterminer si les dirigeants de la Cordée écoutent ceux qui se traînent derrière lui.