La légalisation du cannabis peut-elle résoudre la crise de la veste jaune en France?

Un manifestant jaune vêtu d'un drapeau national français lors de la Journée internationale des travailleurs à Paris (France), le mercredi 1er mai 2019. Le président français, Emmanuel Macron, a appelé à une réponse extrêmement ferme aux manifestants violents le mercredi du 1er mai, jour férié. des démonstrations.

Anita Pouchard Serra / Bloomberg

Le jeudi 20 juin, le conseil d'analyse économique, une organisation qui dépend directement du Premier ministre français, a publié un rapport sur le thème de la légalisation du commerce et de la consommation de cannabis en France. Le rapport avance plusieurs arguments convaincants en faveur de la légalisation de la marijuana.

Pourquoi légaliser en France?

La légalisation du cannabis serait bénéfique pour les coffres de l'État sur la base de projections ou d'estimations des revenus générés en Uruguay et dans les États américains qui autorisent la consommation de cannabis par les adultes. Les auteurs du rapport prétendent que si la légalisation et la création d'un véritable secteur du cannabis se produisent en France, y compris la culture et la commercialisation contrôlées par l'État, des recettes fiscales annuelles pouvant atteindre 2,8 milliards d'euros sont possibles. Un gramme de cannabis serait vendu à environ 9 euros, selon la simulation. De plus, un secteur du cannabis pourrait représenter jusqu'à 80 000 nouvelles opportunités d'emploi.

L'une des recommandations du rapport est de créer un monopole public sur la production et la distribution de cannabis consommé par des adultes et de créer une autorité administrative indépendante chargée de le gérer. En bref: l'Etat accorderait des licences aux producteurs et aux vendeurs qui ne vendraient que de la marijuana, comme c'est le cas en France avec les bureaux de tabac.

«La création du secteur du cannabis représente un défi économique croissant. Au-delà du cannabis thérapeutique, d’autres acteurs économiques sont très intéressés par ce produit. Que ce soit dans le secteur pharmaceutique, cosmétique, du tabac ou des boissons (alcoolisées ou non), de nombreuses entreprises investissent dans le cannabis. Plusieurs pays, tels que le Canada ou Israël, encouragent le développement de ce secteur ainsi que la recherche sur le cannabis. En revanche, la France est actuellement dans une impasse dans les deux domaines et accumule des retards sur deux fronts. Il est d'autant plus regrettable que notre pays soit l'un des plus gros producteurs de chanvre au monde, avec 16 400 hectares en 2016 ", indique le rapport.

Réaffectation de la force publique

L’autre effet spectaculaire de la légalisation selon ce rapport: une économie pour l’Etat pouvant atteindre 919 millions d’euros par an. L'incitation économique est corrélée à ce que les auteurs décrivent comme le "coût social" du cannabis. Une année civile comprend 8 760 heures. Les forces de l'ordre françaises consacrent plus d'un million d'heures de travail par an à lutter contre le cannabis.

La police se voit confier la tâche perpétuelle de lutter contre les crimes liés au cannabis, au détriment d'autres initiatives et mandats des forces de l'ordre. Le rapport décrit également que le nombre d'arrestations pour consommation de cannabis en France entre 1970 et aujourd'hui a été multiplié par 50. Cependant, l'augmentation massive des arrestations n'a pas dissuadé la consommation de marijuana.

Le cannabis peut-il résoudre la crise du gilet jaune?

La réputation et l'économie de la France se font battre par le mouvement des "gilets jaunes"; un mouvement politique révolutionnaire populaire et populiste pour la justice économique qui a débuté en octobre dernier. Les manifestations initiales, du nom des vestes jaunes obligatoires très visibles des automobilistes, portaient sur l'augmentation des taxes sur l'essence. Les manifestations se sont transformées en une révolte parfois violente contre des politiciens et un gouvernement considéré comme déconnecté des réalités économiques cols bleus de la vie en France. Les manifestations ont fait quinze morts et 4000 blessés à ce jour. Le tourisme est en déclin en raison du conflit en cours.

Sur la base d’enquêtes de terrain, les auteurs du rapport Cannabis: comment reconquérir le contrôle estiment à peu près que 200 000 personnes travaillent maintenant à temps plein ou à temps partiel pour des revendeurs de cannabis en France, en particulier dans des quartiers sensibles et économiquement défavorisés. Parmi ces travailleurs, de nombreux emplois se situent dans la partie inférieure de la hiérarchie du trafic illicite de pots-de-vin, y compris les coupeurs et les guetteurs, qui gagnent à peine plus que le "salaire minimum interprofessionnel de croissance" (SMIC) ou le salaire minimum garanti.

Le rapport recommande donc au gouvernement de normaliser ces emplois illicites et d'affecter une partie des recettes fiscales générées par la légalisation à l'amélioration de l'infrastructure et de l'éducation dans ces quartiers à faible revenu.

Ces conclusions sont conformes aux objectifs des défenseurs de la légalisation des États-Unis, qui insistent sur le fait qu’une partie des recettes fiscales légalisées de la marijuana devrait être réinvestie dans des communautés touchées, voire décimées, par la guerre contre la drogue.