La France s'emploie à interdire la destruction des articles de luxe invendus au profit du recyclage

Rangée de vêtements sur un cintre dans un placard.

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Le gouvernement français a annoncé la fin de la destruction des stocks de produits non alimentaires invendus plus tôt cette semaine, rappelant ainsi une pratique courante dans le secteur de la vente au détail de produits de luxe. Plus de 730 millions de dollars de retours et d'inventaires invendus sont régulièrement jetés ou détruits par les détaillants de biens de consommation en France, et cette pratique est répandue dans le secteur du luxe afin de maintenir l'exclusivité des labels. La valeur actuelle des biens jetés ou détruits est cinq fois supérieure à celle des biens donnés.

"Une pratique choquante"

Dans une déclaration du 4 juin, le Premier ministre français, Edouard Philippe, a présenté un projet d'interdiction qui entrerait en vigueur d'ici 2023 interdisant la destruction de produits non alimentaires, notamment les vêtements, les accessoires et les produits cosmétiques, piliers de l'industrie du luxe. Une fois en vigueur, le plan imposerait aux fabricants de remettre le stock à des fins de réutilisation ou de recyclage, bien qu’il y ait des «concessions» pour les acteurs du luxe, conçues pour aider à protéger la propriété intellectuelle.

Cette initiative est la première du genre au monde au niveau national et devrait mettre fin à une pratique que le Premier ministre a qualifiée de "choquante", comme il l'a annoncé dans un magasin discount CDiscount à Paris. «Nous pouvons trouver un modèle économique viable, veiller à ce que tout ce qui reste non vendu soit donné… ou… ventilé pour être réutilisé», a-t-il déclaré, avant la présentation d'une loi plus large sur l'économie anti-gaspillage et procirculaire en juillet. "Nous pouvons éviter la destruction de produits parfaitement bons, ces déchets scandaleux."

Éléments de montre en or et en plaqué or.

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Le secret coupable du luxe

Dans le luxe, la propriété intellectuelle est roi et la lutte contre la contrefaçon est un enjeu important, ce qui signifie que les étiquettes déploieront tous les efforts nécessaires pour protéger leurs produits des mains de vendeurs et de copieurs non autorisés. Alors que beaucoup de grandes maisons ne veulent pas dire où leurs stocks invendus finissent, certaines ont.

De l'autre côté du canal, la maison britannique Burberry a levé le voile sur cette pratique en juillet 2018, en annonçant qu'elle cesserait de brûler – de manière "responsable", en canalisant l'énergie créée dans le processus de fabrication – des dizaines de millions de dollars par an vêtements, sacs à main et produits cosmétiques invendus et recherchez des alternatives plus respectueuses de l'environnement. Au cours des dernières années, le New York Times a annoncé que des baskets Nike avaient été jetées dans des magasins aux États-Unis et que JC Penney avait reçu l’ordre de détruire les marchandises en surnombre de Ralph Lauren afin de «protéger» la marque.

Richemont, le parapluie de luxe suisse, a également annoncé vendredi avoir racheté et détruit 560 millions de dollars de montres haut de gamme de Cartier, Piaget et Vacheron Constantin en deux ans, au lieu de les faire apparaître sur le marché de la revente. Alors que certaines sont détruites, de nombreuses montres non vendues sont démontées et recyclées, les pierres précieuses étant retirées pour être réutilisées et les métaux fondus pour les nouvelles pièces. C’est ce genre de pratique que la loi française souhaite encourager.

Forme de symbole de recyclage provenant de restes de tissu, de vieux vêtements et de textiles.

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Vers zéro déchet?

Alors que la responsabilité sociale et environnementale devient de plus en plus difficile à éviter, les partis verts de la région lors des élections européennes du mois dernier ont enregistré une augmentation du soutien qui inscrit encore plus la durabilité dans l'agenda politique. En prévision du vote vert, le gouvernement Macron avait déjà promis de resserrer les lois sur les déchets en janvier, après le tollé suscité par les électeurs en réponse à un documentaire télévisé montrant le détaillant en ligne Amazon détruisant les produits retournés par les consommateurs au nom de vendeurs impossibles à payer entreposer leur stock.

Jusqu'à présent, de nombreuses marques ont supporté le coût environnemental et éthique de l'incinération ou du broyage du stock invendu, souvent à l'étranger, plutôt que de le faire finir dans un magasin discount ou sur le "marché gris". Toutefois, avec des élections dans plusieurs pays d'Europe et une vague électorale pour des politiques plus responsables, l'interdiction française pourrait annoncer le début d'un changement d'attitude imposé dans une région qui représente le cœur de l'industrie du luxe.