La France ouvre le débat sur la taxation des géants de la technologie

La France ouvre le débat sur la taxation des géants de la technologie

Le logo d'Amazon est visible sur le centre logistique de la société à Boves, en France, le 13 mai 2019. (Reuters)

Le président des États-Unis, Donald Trump, ne s’est jamais vraiment entendu avec son homologue français, Emmanuel Macron, et le malaise qui règne entre les deux dirigeants est clairement visible sur le visage de Trump ou dans son langage corporel à chaque rencontre. Macron a maintenant donné à Trump une autre raison de ne pas l’aimer.
La semaine dernière, malgré les menaces de l'administration américaine, le Sénat français a dégagé une nouvelle taxe sur les ventes en France générée par des sociétés dont le siège est situé ailleurs. La taxe de 3% sur les ventes totales sera imposée rétrospectivement à compter du 1er janvier aux entreprises dont le chiffre d’affaires mondial minimum est de 750 millions d’euros (840 millions de dollars) et qui génèrent au moins 25 millions d’euros des ventes réalisées en France cette année.
Pour le moment, la taxe concerne au total 28 entreprises, dont beaucoup de géants américains, tels Alphabet, Facebook, Uber et Amazon, mais aussi des entreprises chinoises et certaines européennes, dont une française.
Les États-Unis ont menacé d'ouvrir une enquête sur cette mesure, affirmant qu'elle visait injustement les entreprises américaines et qu'elle était protectionniste – une accusation réfutée avec véhémence par Paris, qui estime que le moment est venu pour la communauté internationale de modifier les régimes fiscaux pour tenir compte de la situation actuelle. l’évolution de l’économie mondiale et l’émergence de sociétés technologiques qui n’ont pas besoin de présence physique mais exercent des activités commerciales dans le monde entier.
En effet, la France n'est pas seule dans cette réflexion. L'UE a longtemps accusé les nouvelles entreprises de technologie, basées pour la plupart dans la Silicon Valley, de fraude fiscale en Europe, bien qu'elles représentent une proportion importante de leurs ventes mondiales sur le continent. Sous l'impulsion de la France et de l'Allemagne, l'Union européenne a commencé l'année dernière à faire pression pour que de nouvelles normes fiscales à l'échelle de l'UE ciblent ces entreprises. Cependant, la mesure est bloquée car certains États membres, eux-mêmes paradis fiscaux peu taxés ou non taxés, se sentent menacés par le déménagement.
Néanmoins, l'argument français pèse lourd. Les entreprises technologiques en bénéficient depuis trop longtemps, pourrait-on dire, sans aucune taxe sur plusieurs marchés clés. Ils ont également contourné les réglementations clés qui alourdissent les coûts des activités commerciales, telles que les licences de taxi que Uber ou ses chauffeurs n’ont pas besoin d’acheter. Une étude de la Commission européenne indique qu'en moyenne, les entreprises technologiques paient à peine 8% de taxe sur leurs ventes totales au sein de l'UE, tandis que les entreprises classiques pèsent jusqu'à 25%.

Les États-Unis ont menacé d'ouvrir une enquête sur cette mesure, affirmant qu'elle visait injustement les entreprises américaines et qu'elle était protectionniste.

Ranvir S. Nayar


Ce taux d’imposition déséquilibré et le fait de jouer avec la réglementation auraient peut-être été justifiés il ya environ deux décennies, lorsque ces entreprises de technologie étaient naissantes. Aujourd'hui, cependant, ils représentent une part non négligeable de l'économie mondiale, ont transformé leurs fondateurs en multimilliardaires et leurs actionnaires ont également anéanti leurs investissements.
Les seuls à ne pas avoir tiré profit de cette richesse sont peut-être les gouvernements et, plus largement, la société. Le moment est peut-être venu de revoir le système fiscal mondial et de traiter de manière particulière les géants de la technologie.
À bien des égards, la nouvelle taxe française pourrait être considérée comme une nouvelle tentative du gouvernement parisien d’encourager un débat mondial sur cette question clé. En effet, alors que les ministres des Finances du groupe des économies développées du G7 se réunissent cette semaine à Chantilly pour leur réunion annuelle, la France, pays hôte, a fort judicieusement maintenu ce point à l’ordre du jour. Il a annoncé qu'il retirerait sa taxe dès qu'une mesure paneuropéenne ou une autre taxe mondiale, jugée équitable par les entreprises du secteur de la technologie et de l'innovation, ainsi que par la «vieille économie» entrerait en vigueur.
S'engager dans un débat public très médiatisé sur la technologie taxatrice à un moment où la France tente de se positionner comme la capitale de l'innovation de l'UE, sinon du monde, est une stratégie très risquée. Pourtant, le gouvernement français estime que les deux ne sont pas contradictoires. Il dit qu'il a et continuera de rendre l'environnement des entreprises plus innovant et plus propice à la technologie et qu'il fournira toutes sortes d'incitations et d'assistance aux start-ups et aux entrepreneurs. Paris souligne également le devoir des entreprises technologiques «matures» telles que Alphabet et Facebook de reverser une partie de leurs bénéfices à tous les pays où elles gagnent de l'argent.
Il est fort peu probable que la réunion du G7 soit l’endroit où le différend avec les États-Unis sera réglé. Mais la France veut mettre la question aux yeux de la communauté internationale de manière à ce que peu de gens puissent ignorer la question brûlante, non seulement à Paris, mais aussi aux États-Unis. En Amérique, les entreprises technologiques pourraient bientôt devenir des cibles faciles, tout comme les banques l’ont été au cours de la dernière décennie, alors qu’elles percevaient comme une perte de profit pour la société. Bien que Trump puisse prendre des mesures pour attaquer les produits français, il est peu probable que les sociétés de technologie puissent échapper beaucoup plus longtemps au filet fiscal.
Il peut être intéressant que les géants de la technologie eux-mêmes s’améliorent et commencent à payer au moins des taxes nominales dans les pays où ils exercent une activité considérable. Cela soulagerait définitivement la pression et pourrait en quelque sorte empêcher les autres pays d’adopter des taxes à la française, sinon ils risqueraient de se voir imposer des mesures assez rigides et unilatérales dans un avenir proche.

Ranvir S. Nayar est l'éditeur de Media India Group, une plateforme mondiale basée en Europe et en Inde, qui comprend des services d'édition, de communication et de consultation.

Avertissement: les opinions exprimées par les auteurs de cette section sont les leurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d’Arab News.

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