Italy Inc a besoin de Rome pour rester sur les rails de la liaison ferroviaire Turin-Lyon

Tout comme il est apparu la semaine dernière que l’Italie était sur le point de devenir la première économie du G7 à endosser Programme phare de la Chine en matière d’investissement dans les infrastructures, le gouvernement de coalition à Rome s’est déchiré sur l’un des plus grands projets de transport de l’Europe, la liaison ferroviaire à grande vitesse entre Lyon et Turin. Il n’existe pas de meilleur exemple de l’incohérence du gouvernement italien anti-établissement ni des coûts imposés aux entreprises italiennes.

Ce projet gigantesque consiste à construire deux tunnels de 57,5 ​​km sous les Alpes pour un coût de 8,6 milliards d’euros. Une fois les lignes de chemin de fer, les gares et les gares de triage ajoutées, le prix grimpe entre 20 et 26 milliards d’euros, selon les estimations.

La liaison ferroviaire est jugée cruciale non seulement pour la France et l’Italie, mais également pour l’Europe dans son ensemble, car elle relierait le réseau de la Méditerranée occidentale à l’Europe centrale et orientale, en passant par les centres de fabrication du nord de l’Italie. Les partisans disent que cela profiterait à l’environnement en retirant chaque année 1 million de camions des routes alpines et en divisant par deux le temps de parcours des passagers entre Lyon et Turin. La ligne existante traverse un tunnel ouvert en 1871, monte à 1 300 mètres d'altitude, nécessitant des locomotives doubles ou triples, et comporte de nombreux virages serrés. Les nouvelles normes de sécurité ont considérablement réduit la capacité de l’ancien tunnel.

Le Tav, comme son nom l'indique par son abréviation italienne, est fortement soutenu par les entreprisesemployeurs et les autorités locales du nord-est de l’Italie. Les entrepreneurs du nord de l’Italie constituent le fondement du soutien au parti de la Ligue nationaliste de droite, dont le chef, Matteo Salvini, soutient sans surprise le projet.

Les travaux vont bon train. Environ 25 km de tunnels ont déjà été creusés. Mais le Mouvement des cinq étoiles, l’autre partenaire de la coalition, veut le fermer. Il remet en question les références écologiques de la liaison ferroviaire et son prix. Une analyse commandée l’année dernière par Danilo Toninelli, ministre des Transports et membre du groupe Cinq étoiles, a conclu que les coûts à long terme étaient supérieurs aux avantages, bien que des critiques aient mis en doute l’impartialité et la méthodologie des examinateurs. Peu importe que le projet de loi soit en grande partie supporté par d’autres, à 40% par l’UE et à 25% par la France.

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Five Star est née d'activistes de la base qui ont dénoncé d'importants nouveaux projets d'infrastructure comme des pots de miel pour des politiciens locaux corrompus et préjudiciables à l'environnement. Les militants contre le chemin de fer ont été parmi les premiers partisans du parti anti-établissement fondé par le comique Beppe Grillo. Il dit que l'argent devrait plutôt être dépensé pour des améliorations essentielles à l'infrastructure existante.

Cela rend d'autant plus surprenant que Five Star devrait défendre l’approbation de l’Italie de la Belt and Road Initiative, un programme visant à créer des infrastructures et à renforcer les liens commerciaux entre la Chine et de nombreux autres pays. Washington et ses principaux alliés européens se plaignent que la BRI vise à favoriser les entreprises chinoises et à étendre l’influence stratégique de Beijing tout en endettant les pays partenaires de projets douteux.

Le projet Turin-Lyon menace de briser le gouvernement italien. Pendant des semaines, Rome a refusé d’approuver un appel d’offres pour la prochaine phase de creusement de tunnels du côté français, au risque de perdre 300 millions d’euros de financement de l’UE. Il a finalement cédé lundi avec des heures à perdre, mais sans prendre de nouveaux engagements financiers et en restant engagé dans un examen approfondi du projet. Cela permet à M. Salvini de prétendre que cela se poursuit et à Luigi Di Maio, autre vice-Premier ministre italien et leader du mouvement Five Star, de le maintenir en suspens. C'est un compromis qui ne peut pas durer, en particulier avec les élections régionales qui s'annoncent en mai, lorsque les deux partis au pouvoir s'affronteront dans ce dossier.

Avec la récession économique et les entreprises aux prises avec des coûts d’endettement plus élevés à la suite de l’impasse que le gouvernement a eue contre Bruxelles l’année dernière pour ses prévisions budgétaires, les entreprises italiennes cherchent désespérément de la clarté et de la stabilité. S'en tenir aux engagements d'investissement à long terme serait un bon début. La réponse pourrait venir de l’UE, qui serait peut-être disposée à augmenter sa part de financement à 50% afin que l’analyse coûts-avantages de Rome puisse s’ajouter. Ironiquement, cela signifierait que le gouvernement italien eurosceptique serait sauvé par Bruxelles en dépit de sa cour de Beijing.

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