Bouteflika algérien démissionne après des semaines de manifestations »Manille Bulletin News

Publié le 3 avril 2019 à 08:23

Par Agence France-Presse

Le dirigeant algérien en difficulté, Abdelaziz Bouteflika, a présenté sa démission avec effet immédiat, ont annoncé mardi les médias officiels, cédant le pouvoir face à des manifestations de rue massives après deux décennies passées à la barre.

Abdelaziz Bouteflika est accusé depuis longtemps de s'être accroché au pouvoir (AFP Photo / BULLETIN DE MANILLE)

Les klaxons des voitures sonnaient dans les rues avant que des foules de personnes brandissant un drapeau ne sortent de leurs maisons et convergent vers le centre de la capitale, Alger pour les célébrer.

Bouteflika "a officiellement informé le Conseil constitutionnel de la fin de son mandat de président de la République", a rapporté la télévision d'Etat.

«J’ai l’honneur de vous informer officiellement de ma décision de mettre fin à mon mandat de président de la République à compter d’aujourd’hui mardi», a déclaré la lettre de démission de l’agence de presse APS.

"Cette décision que je prends dans mon âme et ma conscience est destinée à contribuer à l'apaisement des cœurs et des esprits de mes compatriotes, afin de leur permettre de conduire l'Algérie vers un avenir meilleur auquel ils aspirent légitimement", ajoute le texte.

Le tournage a montré Bouteflika, vêtu d'une gandoura beige (tunique nord-africaine) et assis dans son fauteuil roulant, remettant sa lettre de démission au président du Conseil constitutionnel, Tayeb Belaiz.

Fêtes de rue
Longtemps accusé de s'être accroché au pouvoir, le dirigeant vétéran a dû faire face à des pressions croissantes pour se retirer du pouvoir après sa décision de briguer un cinquième mandat bien qu'il ait rarement été vu en public depuis son accident vasculaire cérébral subi en 2013.

Le joueur de 82 ans a annoncé le mois dernier qu'il se retirerait de la candidature pour un nouveau mandat. Son bureau a annoncé lundi qu'il démissionnerait avant l'expiration de son mandat, à la fin du mois.

Les démarches ont échoué pour satisfaire les manifestants qui craignaient un stratagème pour étendre son pouvoir et le chef des forces armées lui a demandé de quitter le pouvoir.

L'annonce de sa démission a provoqué une liesse dans la capitale.

Les jeunes ont applaudi et agité le drapeau national algérien sur la Grande Poste, l'épicentre de la manifestation contre son pouvoir au centre-ville d'Alger, a rapporté un caméraman de l'AFP.

Les Etats-Unis ont déclaré que l'avenir de l'Algérie dépendait désormais de son peuple.

"Des questions sur la manière de naviguer dans cette transition en Algérie, c'est à la population algérienne de décider", a déclaré à la presse le porte-parole du département d'Etat Robert Palladino.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a déclaré que la décision de Bouteflika de démissionner marquait le tournant "d'une page importante de l'histoire de l'Algérie".

"Nous sommes confiants dans la capacité de tous les Algériens à poursuivre cette transition démocratique dans le même esprit de calme et de responsabilité" qui a prévalu ces dernières semaines, a ajouté Le Drian dans un communiqué.

La constitution algérienne dit qu’après la démission officielle du président, Abdelkader Bensalah, 77 ans, président de la chambre haute du Parlement, joue le rôle de dirigeant par intérim pendant une période pouvant aller jusqu’à 90 jours au cours de laquelle une élection présidentielle doit être organisée.

Cette démission intervient peu après que les forces de l’ordre ont exigé le lancement de la procédure de destitution contre Bouteflika, en réponse à l’annonce faite lundi par le président de démission du président avant la fin de son mandat, le 28 avril.

Le chef des forces armées, Ahmed Gaid Salah, avait appelé à "l'application immédiate de la procédure constitutionnelle pour retirer le chef de l'Etat du pouvoir", a déclaré le ministre de la Défense dans une déclaration à l'issue d'une réunion réunissant les hauts responsables.

Sans nommer qui que ce soit, Gaid Salah a critiqué "l'entêtement, la procrastination et la ruse de certains individus qui tentent de prolonger la crise et de la complexifier, la seule préoccupation étant leurs intérêts personnels étroits".

Il a ajouté que la "seule ambition" de l'armée était de "protéger le peuple d'une poignée de (d'autres) personnes qui ont indûment accaparé la richesse du peuple algérien".

Allié de longue date à Bouteflika, le général a appelé la semaine dernière le président à démissionner ou à être déclaré inapte à gouverner, devenant ainsi l'un des premiers fidèles de son parti à l'abandonner.

Les rumeurs tourbillonnent
Alors que les rumeurs font état de manœuvres frénétiques dans les coulisses, les procureurs ont annoncé lundi avoir interdit à des personnes soupçonnées de corruption de quitter l'Algérie après avoir lancé des sondes de greffe sur des individus non nommés.

Les autorités n’ont pas précisé qui était visé par des enquêtes dans des affaires de corruption et de transferts illégaux d’argent à l’étranger, mais elles ont suivi l’arrestation de l’homme d’affaires Ali Haddad, principal homme d’affaires du président.

Haddad, que le magazine Forbes décrit comme l’un des entrepreneurs les plus riches d’Algérie, a été arrêté ce week-end à un poste frontière avec la Tunisie voisine.

Bouteflika avait nommé dimanche un nouveau gouvernement, composé principalement de technocrates du premier ministre récemment nommé Noureddine Bedoui.

L’administration – censée diriger le pays vers la transition – a inclus le général Gaid Salah à son poste de vice-ministre de la Défense.

Parmi les autres principaux partisans de Bouteflika, il y a son frère cadet et conseiller spécial Said, qui a souvent été cité dans le passé comme successeur probable du président.

Discret et rarement vu en public, Saïd Bouteflika a exercé une influence croissante dans les coulisses avec l’aggravation de la santé de son frère, mais la démission du président pourrait lui enlever une grande partie de son pouvoir.